Philia (Cycle sur l'Amour) ... A Ophélie


Crédit photo : Violette Tannebaum


Je viens de finir la lecture du livre d'Aristote sur l'Amitié et il disait à propos de l'amitié : "Sans ami personne ne choisirait de vivre" MAIS AUSSI "Ce n'est pas un ami que l’ami de tout le monde" !


Philia que l'on traduit par "amitié" concerne toutes les relations sociales de proximité comme l'amour affectueux, filial, loyal, fraternel, sorore, amoureux.

Philia c'est le fait d'accepter que nous sommes des êtres incomplèt.e.s et que l'autre/les autres peuvent nous combler par leur présence, leur savoir etc ...


Dans cette forme d'amour (philia), l'attraction physique et sexuelle ne sont pas des moteurs.


Philia, est un amour qui permet :


- d'être soi-même,

- de développer des affinités,

- de favoriser la réciprocité, l'entraide et le soutien.


L'amitié implique le fait de reconnaitre l'autre et de vouloir son bien.

L'amitié, toujours selon Aristote, est la prolongation de l'amour que l'on se porte à soi-même, et ce serait une aspiration que l'on partage avec ses ami.e.s.


C'est pourquoi Philia regroupe toutes les formes d’affection bienveillante et réciproque, notamment les relations amicales entre des personnes, les relations entre citoyen.ne.s dans le cadre politique ou économique et les relations entre les parents et leurs enfants, et l’affection qui lie deux amant.e.s.


Les humain.e.s sont par nature politiques (iels vivent ensemble, organisent leur vie personnelle autour d’une cité, fondent ou non des familles, exercent une activité professionnelle, ont des intérêts communautaires) ce qui les poussent à s’engager dans "la cité" pour améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs proches :


- création de communautés ;

- centres d'intérêts et convictions en commun ;

- causes et les opinions politiques à défendre ;

- des enjeux économiques et sociaux qu'iels souhaitent maintenir,

- des richesses et les privilèges qu'iels souhaitent garder,

- etc ...


C’est précisément pour toutes ces raisons que l'intime est politique et que la politique est un moyen du maintien de l’existence humaine.


La politique (la vie de la cité) se révèle être indispensable pour que la vie humaine puisse s'accomplir, s'organiser et être complète.


Aristote faisait tout de même la distinction entre trois sortes d'amitiés :


- l’amitié utile qui prend source dans l'intérêt,

- l’amitié agréable qui prend source dans le plaisir qu'elle procure,

- l’amitié qui elle se veut plus rare qui prend source dans la vertu, de façon désintéressée et qui a pour but seulement le bien d'autrui.


Pour ce qui est de deux premières, (intérêt et plaisir), Aristote disait qu'elles étaient les plus fragiles dans la mesure où elles prennent naissance à travers l'existence d'un intérêt et du plaisir.

Quand ils se trouvent assouvis ou bien ne sont plus satisfaits, la relation prend généralement fin !


Quant à l'amitié vertueuse, c'est à dire l'amitié pour l'amitié de manière désintéressée, elle serait plus rare et seulement exercée par les "hommes bons", j’y englobe les femmes … il en va de soi !


***



gif

Nous sommes témoins de nos jours des mutations des familles, qui sont soit mono-parentales, co-parentales, queer-parentales.


Également, le sentiment d'appartenir à une famille ou à un groupe se désacralise par le décloisonnement des valeurs qui sont parfois devenues obsolètes et enfermentes.


Se pose alors les questions suivantes :


- D'où proviennent nos "sentiments d'appartenance" :


- Qu'est ce qui nous unit à l'autre ?


- Pourquoi ce si grand besoin ?


REPONSE : Nos sentiments d'appartenance viendraient de l'apparentement.


L'apparentement est fondé sur un rapport d'alliance, de partage, de connaissances communes et la recherche du bien et non sur les liens du sang (lien de parenté, lien sentimental ou amoureux).


L'apparentement transcende les liens familiaux et humains, et c'est d'ailleurs pourquoi, il nous est possible de lier des relations en dehors de nos sphères familiales et sentimentales, car l'apparentement à autrui nous permet de nous investir dans des relations en ce que cet "autre nous" (qui n'est pas nous) nous est bénéfique et nous apporte.


L'apparentement, c'est chercher le bien chez autrui, et partager des intérêts, des connaissances, du soutien, de l'écoute et du confort.


On s'aperçoit que dans la quête d'amitié (amour), ce que l'on cherche c'est ce que l'on ne serait pas ou ce que l'autre a et pourrait nous faire profiter ...


L’amitié (amour) serait un bien, un bénéfice, un avantage et in fine serait intéressée.


Selon Hésiode "le potier en veut au potier, le mendiant en veut au mendiant" car le semblable n’a pas besoin du semblable => car la ressemblance empêcherait la naissance de l’amitié au lieu de l’encourager et ferait apparaître l’esprit de compétition ...


Concevoir que l’on ne peut se suffire à soi-même et réaliser que avons besoin de l’autre/des autres pour nous compléter est une condition de l’amitié (amour).

Nous aurions tendance à penser que l’amitié est un lieu dénué de conflits, de rivalités et de ruptures.


Dans tous ces cas, il s’avère inutile de vouloir classer nos relations comme "bonnes" ou "mauvaises".


Dans le langage commun, nous voyons les "mauvaises relations" comme le résultat des seules personnes toxiques et non aussi en raison des conditions toxiques dans lesquelles certaines relations naissent comme : la précarité, la non accession à un accompagnement en santé mentale, les Violences, les traumatismes, les mauvaises décisions, le manque d'expérience, le droit à l’erreur et le fait que les sociétés dans lesquelles nous vivons ne prennent pas assez en compte les besoins vitaux, dont fait partie le besoin d'attachement.


Nous voyons nos relations sous le prisme binaire (gentil.le vs méchant.e - bon.ne vs mauvais.e).


Avoir un comportement toxique peut être une résultance de l'influence que la société a sur nous (sexisme, racisme, discriminations, conditionnements, traditions religieuse et/ou parentales etc…) le contexte dans lequel nous vivons, mais aussi le choix personnel de ne pas vouloir travailler sur ses biais toxiques.


Les sociétés capitalo-blantriarcales ont été construites sur la violence, les restrictions et interdictions et le non-respect des limites.


Un grand nombre d’entres nous ont grandi dans des environnements toxiques (familiaux, économique, scolaire...).


Nous devons tout.e.s travailler à notre déconstruction et à notre éducation collective pour ne plus à avoir à reproduire et à transmettre cette toxicité !


Nous pouvons avoir de bonnes relations à partir du moment où nous entamons le travail nécessaire pour nous changer individuellement ET changer la société.


Le capitalisme et le néo-libéralisme sont par essence :


- anti-relations,

- anti-humain.e.s, sans quoi n'aurions pas besoin de selfcare, d'antennes de soutien, des chaines de solidarité si le capitalisme créait des chaines vertueuses.


Il devient donc nécessaire de changer le système pour avoir les relations que l'on mérite et la société ne peut pas se transformer seule si NOUS ne le faisons pas (travail collectif);


A vouloir chercher un responsable, les conflits, les blessures d’attachement et les oppositions ne trouvent pas de solution CAR les un.e.s à de l'influence sur les autres.


Travaillons à briser nos patterns / casser les cycles de Violence et à repenser nos liens d’attachement.


C’est ainsi que nous nous guérissons et participons à la guérison de nos ami.e.s.


De façon générale, la société agit comme si nous étions toutes et tous égaux.les !


Certaines personnes ne disposent pas de ressources nécessaires, quelles soient temporelles, matérielles, financières, mentales, morales et psychologiques, pour s'élever.


Par exemple, l'idée selon laquelle des personnes se maintiendraient dans des relations violentes et maltraitantes par choix ignore complètement le cycle par lequel se manifeste la Violence (tensions / explosions / excuses / promesses) ET parce que les oppressions prennent naissance dans la confiscation du consentement MAIS AUSSI la peur dans les figures d’autorité !


Il est utile de rappeler que durant de nombreuses années, nous avons ignoré ce qu'est le consentement !

Que c'est une notion nouvelle et qui prend du temps à être conçue et reçue de tout.e.s.


Le consentement ne se résume pas au fait de dire OUI ou NON MAIS SURTOUT de permettre à chaque personne de pouvoir exercer son pouvoir.

Il ne s’agit pas du pouvoir pour soumettre et dominer MAIS le pouvoir de prendre soin de SOI, de se retirer et de se préserver !


Dans la mesure où notre consentement nous est confisqué, il nous est difficile de prendre des décisions éclairées parce que :


- nous avons peur de perdre notre emploi si nous n’obéissons pas à TOUTES les exigences de nos employeurs;


- nous avons peur que nos expériences et vécus ne soient pas validés et reconnus;


- nous sommes terrifié.e.s à l’idée de dénoncer des situations de violences au sein du couple, de la cellule familiale ou ayant lieu dans la sphère amicale;


- etc …


C'est pourquoi, certaines relations amicales / amoureuses / professionnelles prennent naissance dans des dynamiques de domination et de bénéfice :


- qui détient le pouvoir et/ou le savoir,

- qui l'exerce,

- qui le subit,

- qui tranche,

- qui juge,

- qui choisit,

- qui obéit,

- qui se tait.



gif


C'est la raison pour laquelle Aristote estimait que seule la relation amicale désintéressée était vertueuse.

Au sein de cette relation chacune des parties recherche l'égalité, l'écoute, la bienveillance et la non-domination.


L'amitié véritable serait détachée de toute logique d'intérêt et d'aliénation !


En ce sens, il faut distinguer trois notions fondamentales de l'amitié:


  1. ce qui nous lie aux autres est le plaisir et la joie que nous procure leur compagnie ;

  2. la relation est motivée par la recherche d’une utilité réciproque ;

  3. la reconnaissance mutuelle et d’un partage actif de leur conception du bien/bon.


L’amitié qui se fonde sur la vertu s’instaure sur des éléments profonds et sur la personnalité de ses ami.e.s.


Le lien qui est cultivé et chéri s'enracine sur leurs qualités morales, leur caractère, sur leur conception du bien/bon et leur identité personnelle.


Une telle relation porte en elle les caractéristiques de permanence et de stabilité et implique un intérêt affectif pour la personne qui est notre ami.e (lien qui bien entendu peut être interrompu).


Comme toute forme de rapport humain, l’amitié vertueuse crée un avantage et un plaisir réciproque.

Ce qui la rend spéciale est le fait que le plaisir et la joie qui proviennent de la fréquentation de nos ami.e.s ne constituent pas la seule chose vers laquelle nous tendons directement.


Contrairement à ce qui se produit dans les autres types d'amitiés, l’ami.e est aimé.e pas à cause du plaisir ou de la joie qu’iel procure MAIS pour le fait qu'iel semble être simplement lui/elle même.


C'est dans ce sens que le plaisir, la joie, l’avantage sont des notions marginales par rapport à la réelle motivation de la relation.


"La personne vertueuse se rapporte à son propre ami.e de la même façon qu’elle se rapporte à elle-même, parce qu’un.e ami est un autre soi-même !"