ENDO-SURVIVOR (part 2) : reprendre le sport après une hystérectomie

J'ai subi une hystérectomie totale avec conservation de mes ovaires l'année dernière après avoir été diagnostiquée tardivement d’une endométriose avancée stade 4 avec atteinte digestive. Une fois ma convalescence de quelques mois s’est achevée, s’est posée naturellement la question de reprendre une activité physique. L'idée de reprendre le sport m'a fait peur : je me sentais étrangère à mon corps, vulnérable et dépassée. Honnêtement, je ne savais pas par où commencer, ni quelles limites respecter et quelles disciplines étaient à ma portée.

Peu à peu, j’ai réalisé que j’avais peur et que cela dissimulait une multitude de questions sur la douleur, sur la façon de retrouver une aisance dans mon corps, mais aussi sur le rapport au sport pendant mon arrêt total.

Cette seconde partie sur les suites de mon intervention, je l'écris pour mettre des mots sur mes interrogations, et pour toutes les personnes qui vivent la même chose (suites post-opératoires).

Après une enfance et une adolescence passées à pratiquer plusieurs sports de manière intensive et régulière, j’ai traversé une longue période d’arrêt consacrée à ma première maternité survenue au début de ma vingtaine. Cela s’en est suivie d’une reprise d’études. Une rupture avec le père de mon premier enfant. Une insertion totale dans la vie professionnelle. A cette période, les salles de sport n’étaient pas du tout démocratisées comme elles le sont maintenant. Quand elles existaient, les abonnements mensuels étaient chers et donc peu accessibles. Je n’ai jamais été une ultra fan de la course ou de la pratique de sport en extérieur.

Durant ma trentaine, je me suis maintenue relativement en bonne forme malgré des épisodes d’anorexie et des périodes dépressives qui ont parfois fragilisé mon rapport à mon corps. Puis, est arrivée ma deuxième maternité, ce qui signifiait avec cette nouvelle arrivée, une nouvelle organisation familiale. Mon aîné entrait au collège, tandis que ma cadette, nourrisson, nécessitait ma pleine présence. Le sport, petit à petit, est devenu cette illusion perdue, difficile à retrouver dans mon quotidien chargé.

J’ai commencé le yoga tardivement, mais pas de manière assidue car je mets une intention particulière à ce que les personnes qui l’enseignent soient non-blanches, ce qui limite parfois mes options. Parallèlement, je m’initie à la danse, je décide d’investir dans un vélo, ce qui a facilité la reconnexion à des gestes qui me rendent plus mobile.

Parallèlement, ma santé gynécologique était inquiétante. Je n’étais pas encore diagnostiquée, cependant, je savais que j’étais malade. Mois après mois, sans que je sache vraiment de quoi j’étais affectée, mon corps, mon physique et ma santé mentale en pâtissaient de plus en plus. Le fait de ne pas trouver de médecin en capacité de me prendre en charge m’a contrainte à accumuler cette mauvaise santé, qui a eu des incidences sur ma capacité à me sentir à l’aise et en confiance. Je me suis résolue à apprivoiser une douleur extrême. J’ai été contrainte d’observer certaines restrictions. Aussi, je n’avais pas toujours la capacité d’entreprendre certaines activités en raison de ma souffrance latente, qui parfois m’immobilisait et me contraignait à rester alitée pendant plusieurs jours d’affilée.

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Quand j’ai voulu recommencer le sport après mon opération, ce n’était pas seulement pour mon corps, c’était aussi pour mon moral et pour retrouver une forme de confiance en moi. J’avais, cependant, plusieurs blocages. La peur de me blesser ou d’avoir une complication : mon inconscient a profondément mémorisé la sévérité de l'endométriose, la complexité de l'opération, l'atteinte digestive et la longue convalescence. La frustration face à mes limites. Je ressens clairement des limitations. Par exemple, une raideur persistante dans les jambes, qui me paraît insurmontable et qui perdure même plus d’un an après mon intervention et vient freiner mon aisance dans les gestes simples du quotidien. La honte à me comparer à mon état physique d’avant ou aux performances d'autres personnes, ce qui amplifie le découragement. L'inertie : après une période de repos forcé, il a été difficile de me motiver. Psychologiquement, c'est comme rompre une chaîne mentale qui s'est consolidée et qui retient mes gestes et mes envies de mouvement. Malgré tout cela, ces sentiments ne signifient pas que je ne devais pas reprendre ; ils indiquent plutôt que ma reprise devait être réfléchie, consciente et parfaitement graduée, en respectant mon rythme, mes signaux corporels et mes limites.

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À quarante ans passés, je sais que je demeure soumise à des injonctions sociales : rester mince, être désirable (pour les hommes), correspondre à des normes de beauté qui, malgré le temps et les discours, changent au gré des tendances et continuent de dicter, d'une manière insidieuse, ma valeur aux yeux de la société.

Après l'hystérectomie, malgré le fait que mon utérus affecté ait été retiré, le fonctionnement de mon corps a changé ; je ressens maintenant d'autres fluctuations, d'autres douleurs et d'autres limites. Des transformations émotionnelles et hormonales auxquelles j'apprends à m'adapter.C’est pourquoi je tiens à être claire : je ne pratique pas de sport pour perdre du poids ou me conformer aux normes de beauté imposées. Je fais du sport pour améliorer ma condition physique, me sentir forte et bâtir un capital santé pour les années à venir. Mon engagement dans le sport est motivé par ma mobilité et ma santé mentale.

Le hasard a voulu que je sois opérée dans ma quarantaine et que reprendre ou pratiquer du sport durant cette décennie présente des vertus importante, car il favorise la création d’un espace de soin et de reconnexion :

  • Prévention ostéoporose pour les personnes féminines : la quarantaine est la période où l’organisme commence à perdre de la densité osseuse. Le sport, particulièrement la musculation légère, aide à prévenir cela.

  • Santé cardiovasculaire : le risque de maladies cardiovasculaires augmente avec l'âge, même pour les femmes dont les symptômes sont bien moins détectés que ceux des hommes.

  • Santé mentale et confiance : le sport donne de l'énergie et améliore l’humeur et la confiance en soi.

  • Qualité de vie : Être en bonne forme physique à quarante ans, c'est pouvoir, voyager, danser, vivre sans limitation.

  • Métabolisme : le métabolisme ralentit naturellement avec l'âge. C'est la raison pour laquelle le sport régulier devient de plus en plus important pour préserver et maintenir la capacité fonctionnelle au quotidien.

Être une femme dans la quarantaine ne signifie pas pour autant "commencer à décliner". Cela veut dire que c’est le moment opportun pour être davantage intentionnelle avec ma santé, en prenant des décisions conscientes et en adoptant des gestes pour continuer avec vitalité.

En écrivant ces lignes, je reconnais que j'ai de la chance. Je suis valide. Mon corps, malgré la chirurgie, les séquelles et les défis psychologiques, a encore la capacité de bouger, de marcher, de courir quand je le souhaite.

Je suis consciente que cela n’est pas une garantie pour tout le monde. Il y a des personnes qui auraient souhaité reprendre une activité physique, mais ne le peuvent pas, en raison d'un handicap, d'une maladie chronique et invalidante, ou d'une limitation physique durable. Pour elles, cette option n'existe pas. Ma capacité à bouger est un privilège.

Cela ne signifie pas que je ne dois pas me sentir coupable si je ne suis pas active. Je dois être consciente et reconnaissante de cette capacité, et l'utiliser intentionnellement pour ma santé et mon bien-être.

La culture du “no pain, no gain", du sport extrême, de la performance à tout prix, c'est toxique. La société nous vend l'idée que le sport doit être intense, et si ce n’est pas le cas, ce n'est pas "du vrai sport".

Une marche de vingt minutes. Danser avec aisance. Nager simplement. Ces activités modestes et régulières sont tout aussi valables que de courir un marathon ou de soulever des poids. Une culture qui ne valorise que le sport intensif néglige les véritables aspects de l'évolution, y compris les échecs, les stagnations et les blessures. Chaque parcours est unique, tout comme la physionomie de chacun et sa santé émotionnelle et mentale. Cette vision exclut de nombreuses personnes, entraînant frustrations, complexes et épuisement.

Mon objectif n'est pas de devenir une athlète (de toute façon c’est trop tard). Je souhaite juste être bien dans mon corps, énergique, et en bonne santé. Et cela peut se faire de façon douce, progressive, sans violence envers moi-même.

Je dois aussi reconnaître qu’il y a des personnes qui ne peuvent pas faire du sport, pas parce qu'elles ne le peuvent pas mais pour d'autres raisons. Ces barrières sont souvent invisibles, mais elles existent. Il y a la personne qui a un trauma lié à son corps et pour qui faire du sport réveille des souvenirs douloureux. Il y a celle qui lutte contre une dépression qui la paralyse et qui n'a pas l'énergie physique ou mentale pour se lever, peu importe le corps qu'elle a. Il y a celle qui vit dans la précarité et pour qui trouver du temps ou des ressources pour faire du sport est un luxe qu'elle ne peut tout simplement pas se permettre. Il y a celle qui vit dans un environnement où l'accès à des espaces sûrs pour pratiquer du sport n'existe pas. Il y a celle qui a une maladie chronique invisible qui la laisse sans énergie, jour après jour. Il y a celle qui a des responsabilités de personne référente et pair aidante qui absorbent tout son temps et son énergie.

Ces barrières mentales, émotionnelles, sociales, économiques sont une réalité qui concernent de nombreuses personnes. On ne peut pas les surmonter par la volonté seule. Elles constituent des obstacles à la fois matériels et psychologiques, ancrés dans des structures et des conditions de vie concrètes. Et il est nécessaire de reconnaître que l’incapacité à faire du sport ne dit rien de notre valeur, mais renvoie plutôt à une société d’injonctions qui demeure excluante et peu attentive aux divers parcours et limites individuelles.

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D’autres contraintes viennent parfois s’ajouter dans l’exercice d’une activité sportive, comme le fait d’avoir des enfants, des responsabilités familiales, un emploi prenant ou encore un budget limité. Reprendre le sport demande du temps, et c’est parfois difficile d’en trouver. Entre le travail, les enfants, les tâches ménagères et les courses : une heure de sport, c'est une heure que l’on ne consacre pas à autre chose, et lorsque le temps dont on dispose est restreint, le choix du sport se retrouve forcément limité.

Solutions pratiques :

  • petites sessions : 15-20 minutes, c'est mieux que rien. Une promenade rapide le matin, 10 minutes de yoga ou étirements avant le coucher.

  • utiliser les "temps morts" : Lunch break au travail ou entre deux rendez-vous.

  • être flexible : Pas besoin de faire la même activité au même moment.

Reprendre le sport a un coût : abonnement, cours, vêtements et chaussures adaptées. Et si il y a des enfants, il y a aussi les frais de garde. Trouver une heure signifie peut-être payer quelqu'un pour garder les enfants. Ce n'est pas minime, financièrement parlant.

Solutions économiques :

  • gratuit ou presque : la marche ne coûte rien. Les vidéos YouTube (yoga, pilates) sont gratuites. Aller au parc, courir en dehors, danser dans son salon, s’équiper pour chez soi.

  • investissement minimal : une bonne paire de chaussures de marche.

  • partager les frais : trouver une personne pour une activité commune, cela peut réduire les coûts (garde d'enfants partagée, cours à deux).

  • alternative à la garde : s'entraîner quand sa/son partenaire est avec les enfants, le soir après le coucher, tôt le matin avant qu'ils se réveillent.

  • Priorités : si je dois choisir entre un abonnement gym et 15 minutes de marche quotidienne, je choisis la marche..

L'argent et le temps sont des contraintes réelles, pas des excuses. Il y a toujours un moyen, même modeste, de reprendre une activité physique régulière.

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A titre indicatif, voici le programme que j’ai suivi à partir de 4 mois après mon opération :

Phase 1 - la remobilisation douce : j’ai commencé par des activités douces qui ne me mettaient pas de pression :

  • la marche : 15-20 minutes, à mon rythme, sans forcer. L'objectif était la régularité, pas l'intensité.

  • les étirements doux : 10 minutes par jour pour réveiller mon corps doucement.

  • la respiration consciente : 5 minutes de respiration abdominale pour retrouver la conscience corporelle.

  • le yoga doux ou pilâtes débutant : disciplines idéales pour reprendre contact avec mon corps sans risque.

Objectif : Rétablir la connexion avec mon corps et créer une routine.

Phase 2 - augmentation progressive :

  • allonger la durée : 20-30 minutes de marche, puis 40 minutes.

  • ajouter une légère intensité : marche rapide, léger renforcement musculaire (poids légers).

  • varier les activités : alterner marche, yoga, cyclisme léger.

  • intégrer du travail de respiration et de stabilité, particulièrement importante après une opération abdominale.

Objectif : Augmenter mon endurance et ma confiance. Je dois me sentir capable, pas épuisée.

Phase 3 - la consolidation :

  • augmenter l'intensité de façon mesurée.

  • introduire des activités un peu plus dynamiques (reformer).

  • consolider une routine de 2-3 séances par semaine avec abonnement salle de sport.

  • écouter mon corps et adapter selon mes sensations.

⚠️ La Règle des 10% : Chaque semaine, j’augmente mon volume d'entraînement de 10% maximum. Si je marche 30 minutes, la semaine suivante, je vise 33 minutes. Cette progression paraît lente mais elle minimise le risque de blessures et de surmenage.

Après l’hystérectomie, mon corps communique différemment, j’ai appris à distinguer les inconforts normaux comme la fatigue musculaire légère et les signaux d'alerte : douleur vive, douleur aux sites de l'opération, tiraillements abdominaux inhabituels, douleur digestive.

Si j'observe des signaux d'alerte, j’adapte la pratique ou je m'arrête immédiatement. En particulier, étant donné que mon endométriose a une composante digestive et du fait de la résection à deux emplacements de mon tube digestif, je dois rester vigilante à toute douleur dans cette zone.

  • ce n'est pas un échec : c'est un moment d'ajustement. Je me repose si nécessaire, puis je reprends au niveau qui convient.

  • éviter le perfectionnisme : je construis une nouvelle relation à l'activité physique, dans un corps qui a complètement changé.

  • partager mon parcours : parler à une personne qui a vécu une expérience similaire peut être réconfortant.

La reprise du sport après une hystérectomie pour endométriose a été un défi psychologique et j’ai renforcé ma confiance en suivant ces petits préceptes :

  • je me fixe des objectifs petits et réalistes : j’ai voulu commencer la muscu l’été dernier et cela a été un échec. Je la commence vraiment maintenant, un an et trois mois après mon opération, et je sens que cette temporalité est plus adaptée.

  • je tiens un journal : je note comment je me sens après chaque séance. Je vois ma progression.

  • je pratique le plus souvent seule : j'évite la comparaison. Je m'entraîne sans témoin.

  • je cherche le plaisir, pas la performance : quel sport ou activité me fait vraiment plaisir ? Je commence par cela, à un niveau débutant.

  • je pratique l'autocompassion : si j'ai une mauvaise séance, ce n'est pas un échec.

Certaines activités sont particulièrement bienveillantes pour un retour progressif, surtout après une opération abdominale comme l'hystérectomie :

  • la natation : bonne pour l'endurance sans impact. L'eau soutient le corps et permet de travailler sans forcer.

  • le yoga ou pilâtes : renforce sans surcharger. Cela améliore la conscience corporelle et la stabilité du “core”.

  • la marche rapide : accessible, progressive, peu risquée.

  • le cyclisme stationnaire : bon travail cardio sans impact et sans solliciter de façon excessive la zone abdominale.

  • le tai-chi : doux, méditatif, excellent pour la confiance, l'équilibre et la reconnexion avec le corps.

  • les étirements et la mobilité : pour prévenir l'adhérence post-opératoire et garder une bonne amplitude de mouvement.

💡 Conseil : après une intervention chirurgicale envisager de travailler avec un kinésithérapeute ou un coach sportif spécialisé en réadaptation post-opératoire. Ils peuvent adapter les exercices à une situation précise et guider en confiance, particulièrement en ce qui concerne le travail du “core” et de la stabilité abdominale.

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